Voilà maintenant déjà plusieurs années, que le regretté Pierre Cazes avait compris l’intérêt de l’apprentissage du galop chez le cheval d’endurance. Sans prétendre avoir fait le tour de la question, j’ai essayé dans cet article de rappeler quelle sont les bases classiques du travail au galop, puis comment les appliquer à notre discipline.

 

1) Un peu de notion biomécanique

 

Tout d’abord, voici quelques explications et définitions qui vous permettront d’y voir plus clair et de mieux comprendre la façon dont votre cheval se déplace. Le galop est une allure naturelle, asymétrique, sautée et basculée, à trois temps :

 

Le galop est une allure naturelle

Il ne nécessite aucun apprentissage. Chez le cheval à l’état primitif, le galop représente la seule et unique chance de survie par la fuite devant les prédateurs potentiels. Dès les premières heures de sa naissance, un poulain doit être capable de galoper plusieurs kilomètres s’il ne souhaite pas servir de dîner aux carnivores.

 

Le galop est une allure asymétrique

Le galop est dit asymétrique car à une phase (temps) du galop, tout le corps du cheval repose sur un seul antérieur : l’antérieur droit pour le galop à droite ou l’antérieur gauche pour le galop à gauche. Cette notion a toute son importance dans le travail de musculation du jeune cheval, qui privilégie naturellement un de ses antérieurs lors du départ au galop, correspondant à son asymétrie naturelle. Il en est de même chez l’athlète humain, le pied d’appel est toujours le même. Par conséquent, l’objectif du travail de dressage et de musculation se résume à tenter de gommer cette asymétrie naturelle et parvenir à un développement harmonieux des différents groupes musculaires.

 

Le galop est une allure à trois temps, sautée et basculée

Voici les 3 temps du galop à gauche :

1er temps : posé du postérieur droit, les trois autres membres sont dans l’espace, le rein s’affaisse, le dos monte, c’est la phase de propulsion

2ème temps : posé du bipède diagonal droit (antérieur droit et postérieur gauche),

3ème temps : posé de l’antérieur gauche, (pendant un court instant, le bipède diagonal droit et l’antérieur gauche sont au sol ensemble)

Phase de projection, pendant cette phase aucun membre n’est à l’appui, l’ensemble du corps du cheval, en l’air, bascule littéralement autour de son centre de gravité avant de reprendre le galop par le posé du postérieur droit.

Pour le galop à droite, le mécanisme est identique, mais en inversant la droite et la gauche.

La vitesse a cette allure varie de 17 jusqu’à 60 km/h pour les meilleurs chevaux de course.

Il arrive que le galop soit à quatre temps, lorsque le cheval galope très lentement en endurance, dans ce cas précis, la phase de projection est très réduite, le posé de l’antérieur se faisant quasiment dans le même temps que le postérieur opposé, le galop à quatre temps est une allure artificielle, qui permet à certains chevaux de limiter les traumatismes ostéoarticulaires en terrain dur notamment.

 

2) Un peu d’équitation classique

Avant de parler du galop dit d’endurance, il faut travailler sur des bases solides classiques et apprendre à son cheval à travailler dans le calme et l’équilibre.

 

Le départ au galop par perte d’équilibre à proscrire

Le cheval est lancé dans un grand trot et le cavalier la pousse avec les jambes jusqu’à ce qu’il tombe dans le galop, à l’occasion d’un virage par exemple. Les jeunes cavaliers apprennent en premier ce mécanisme de départ au galop. Le terme de perte d’équilibre provient du fait que le galop est pris grâce à la vitesse, le cheval étant poussé en avant. Il est sur les épaules, accentue le poids sur les antérieurs, souvent il se traverse, est incapable de ralentir l’allure, le dos et le garrot s’effondrent, l’encolure est à la renverse, le cavalier n’a pas de contrôle. Impossible d’envisager quelque figure classique.

 

Le départ au galop par prise d’équilibre, l’unique préambule

Il existe plusieurs façons de demander au cheval de démarrer au galop par prise d’équilibre. Le but est en fait que le cheval conserve ses postérieurs bien engagés sous la masse (rassemblé), et son corps bien droit. Vous devez préparer votre départ au galop avec le plus grand soin.

Obtenez d’abord un trot rassemblé, droit, léger, votre cheval doit être attentif, posé sur la main, il doit alors prendre le galop à la plus petite indication. Avec un cheval dressé, vous partirez au galop par la pensée !

 

Aides latérales ou diagonales ?

Tout d’abord un petit rappel : le départ au galop avec les aides latérales consiste à associer les actions de main et de jambe du même côté. Le départ au galop avec les aides diagonales consiste à associer les actions de main avec des actions de jambe, mais cette fois du côté opposé.

Peu importe le type d’aide que vous choisirez, l’essentiel lors du départ au galop est d’alléger et de rendre libre le coté intérieur du cheval. Agir avec la jambe extérieure ou intérieure est avant tout une affaire d’individualité et de tact.

Comment partir au galop ? Les aides

Soutenez l’épaule extérieure du cheval par une action de main et allégez l’épaule intérieure du cheval. Gardez le contact avec la rêne intérieure. Pesez sur votre fesse extérieure en reculant légèrement votre épaule extérieure, votre buste est alors légèrement en diagonale. Demandez le départ au galop en reculant la jambe extérieure et en touchant délicatement et en faisant basculer votre bassin vers l’avant. Laissez votre jambe intérieure à la sangle en exerçant une légère pression du mollet.

Si le départ au galop est réussi votre cheval se déplace dans l’équilibre, décontracté. L’avant main est légère, l’arrière main se fléchit. Les indications du cavalier deviennent invisibles : il accompagne et soutient. Le cheval est libre.

Travaillez sans relâche vos départs au galop : cherchez la relaxation et la perfection. N’acceptez pas un départ au galop quelconque : remettez au pas et recommencez… C’est ainsi que vous améliorerez le galop de votre cheval.

L’essentiel est de conserver le cheval relaxé et dans une bonne cadence. Dès que le cheval est en équilibre, cessez l’action de la main : le cheval doit se soutenir. La main légère ne fait qu’indiquer. Une fois cette étape maîtrisée, avec une monture en muscle, on peut entreprendre l’apprentissage du galop dit d’endurance.

 

3) Le secret du galop d’endurance

En endurance, l’objectif est d’obtenir un déplacement le plus économique et le moins traumatisant possible : peu de rassemblé pour éviter un trop grand mouvement de bascule par rapport a l’axe vertical. Le cheval doit galoper dans une constance de position, de rythme, le plus longtemps possible sans que le cavalier ait à intervenir.

Il doit apprendre à se relâcher musculairement, se décontracter, « horizontaliser » son geste au maximum.

Avant tout changement de direction ou d’allure, augmentez le rassemblé de votre cheval qui a appris à galoper de cette façon s’économise et ses transitions, devenues fluides car sans accélération et sans perte d’équilibre, sont également économiques.

Si on ne dispose pas d’une plage, les allées forestières plates, souples et sûres permettent de travailler la qualité du galop. Les légères montées conviennent aussi, mais le galop en descente est à proscrire à l’entraînement.

Au début la cadence du galop doit toujours être basse, environ 105 foulées par minute, ce qui correspond à un rythme cardiaque d’environ 105 a 110 pulsations/minutes chez un sujet entraîné, soit 18 km/h en moyenne. Il est profitable de s’entraîner à compter le nombre de foulées par minute pour se mettre à l’oreille la musique du galop qu’il faut rechercher. Par la suite, lorsque le sujet entrainé est suffisamment expérimenté (au minimum plusieurs qualifications sur CEI* et CEI**), vous pouvez commencer à augmenter la cadence, mais toujours sous contrôle, sur un très bon sol, en augmentant très progressivement la vitesse et la distance parcourue à chaque session de galop, jusqu’à atteindre 120 foulées/minute.

 

Galop assis ou en suspension ?

Au galop assis, le cavalier reste généralement assis dans sa selle en épousant le mieux possible les mouvements du dos de son cheval avec son corps. Le centre de gravité du cavalier est très proche de celui de son cheval, ce qui permet au cheval de monter son garrot et libère ses épaules. Cependant, le poids du cavalier étant déplacer vers l’arrière du siège, il est souvent la cause de dorsalgies chroniques, puis de boiteries postérieures.

Au galop en suspension le cavalier est en appui total sur ses étriers, sans que ses fesses ne touchent la selle. Cette position libère l’arrière main du poids du cavalier, or c’est le dos et l’arrière main qui propulsent l’ensemble du cheval, en quelque sorte on « libère le moteur ». Toutefois, cette position a pour effet d’éloigner le centre de gravité du cavalier de celui du cheval et favorise une surcharge de l’avant main qui peut être la cause de beaucoup de boiteries antérieures, (surtout à haute vitesse sur terrain dur comme aux UAE).

En conclusion, il n’existe pas de position idéale, il faut apprendre a composer en fonction des particularités du cavalier et de sa monture.

 

4) Conclusion : A cheval, réfléchissez !!

Ne partez jamais sur une session de galop dans le vague, chaque fois, fixez-vous un objectif réaliste en rapport avec les capacités de votre cheval et surtout ne brûlez pas les étapes ! Travaillez toujours avec un GPS et un cardio embarqué, notez tous les détails de chaque session de galop, tout cela peut vous paraître laborieux mais c’est la seule façon de parvenir à vos fins.

 

Enfin, gardez cette phrase à l’esprit : « moi les chevaux, je ne leur murmure rien à l’oreille, je les écoute » Bartabas.

Soyez à l’écoute du moindre signe de fatigue ou de disfonctionnement dans la mécanique de galop de votre cheval, écoutez le galoper !!